Explication de "C'est l'hôpital que se moque / se fout de la charité"
« C'est l'hôpital qui se moque / se fout de la charité »
Signification :
S'utilise lorsque quelqu'un se moque, chez un autre, d'un défaut qu'il a lui-même
Origine :
Question préambulaire intéressante : quelle différence faites-vous entre un hôpital et une charité ?
Vous avez deux minutes pour répondre avant de lire la suite.
Z'êtes sûr d'avoir bien réfléchi pendant deux minutes ?
Bon prince, je vais supposer que oui et vous allez donc pouvoir vérifier si vous avez répondu juste. Ceux pour qui ce n'est pas le cas seront collés samedi.
Avant de franchir un peu les siècles, il est intéressant de savoir qu'au XIIe, un hôpital, mot dont l'origine étymologique est la même que 'hospitalité', était un établissement religieux destiné à accueillir les pauvres, les mendiants et autres nécessiteux. (d'où le "s" qui s'est transformé en accent circonflexe comme pour île (isle)...) On y faisait donc la charité.
Mais cela n'a pas de lien direct avec notre expression.
Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le mot se spécialise pour désigner un établissement médical, qui pouvait être aussi bien religieux que laïque.
À la même période, et par métonymie, les hôpitaux gérés par des ordres comme les Frères de la Charité ou les Soeurs de la Charité ont pris le nom de 'charité'.
Autrement dit, à cette époque, un hôpital et une charité étaient exactement la même chose, à savoir un établissement hospitalier avec le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.
Sauf à cause d'éventuelles et stupides jalousies ou rivalités, il n'y avait donc aucune justification pour que l'un se moque de l'autre, pas plus que quelqu'un affublé d'un défaut n'a de raison de se moquer d'un autre ayant le même défaut, d'où le côté amusant de notre locution.
Rey et Chantreau, dans leur "Dictionnaire des expressions et locutions", situent la naissance de cette expression dans la région lyonnaise, sans précisions sur la date. Claude Duneton, dans son "Bouquet des expressions imagées", la situe au même endroit, en 1894.
Et il est vrai qu'à partir du XVIIe siècle, il existait à Lyon aussi bien l'Hôtel-Dieu[1] que l'hôpital de la Charité[2] tous deux plus tard gérés ensemble par les Hospices Civils de Lyon (HCL). Et certains documents montrent qu'il y avait effectivement une rivalité certaine entre ces deux établissements, d'où de probables critiques de l'un vis-à-vis de l'autre et vice-versa.
Du point de vue du malade, celles-ci étaient probablement injustifiées, le risque d'y mourir étant probablement à peu près aussi élevé dans l'un que dans l'autre, d'autant plus si la date proposée par Duneton est exacte, car à cette époque, l'organisme de gestion commune de ces deux établissements avait fait le nécessaire pour en améliorer la salubrité (et donc abaisser le taux de mortalité), suivant en cela les recommandations du médecin et baron de la Polinière dans ses rapports intitulés "Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon".
[1] Laïc, dont les premiers bâtiments, remplacés ensuite, ont été initiés en 1184, et qui existe toujours. Au XVIIe siècle, il avait une bien meilleure réputation que l'Hôtel-Dieu de Paris puisque dans le premier, seul un malade entrant sur quatorze était assuré d'y vivre ses derniers jours, alors que c'était un sur quatre à Paris.
[2] Religieux, construit à partir de 1617 et détruit en 1934.
Source : expressio.fr