Caravan Palace
Les joyeux drilles de Caravan Palace
Caravan Palace est une joyeuse petite bande gentiment impertinente, formée de jeunes Parisiens (et d'une Tourangelle), dingues de swing, de Django Reinhardt et d'électro. Ils s'amusent comme larrons en foire, ne se prennent pas au sérieux, font une musique délirante et fantasque, inventent le "swing électro". Un nouveau son, une étonnante mixture, d'abord rodée sur scène, festivals fédérateurs compris (Printemps de Bourges, Solidays...), avant de trouver la bonne porte à laquelle frapper pour signer un premier album.
En l'occurrence, une salle de concert, le Café de la danse, à Paris, qui les produit et sort ce Caravan Palace. Loufoques mais bons musiciens, les Caravan Palace jonglent avec les influences, multiplient les clins d'oeil. Hugues Payen fait danser son violon façon Stéphane Grappelli, Arnaud Vial court sur les cordes de sa guitare comme un parfait Manouche, Coloris Zoé chante en anglais à la manière de Billie Holiday (Ended with the Night) ou des Andrews Sisters (Jolie Coquine). On entend des claquettes (l'hilarant patchwork sonore Bambous), du scratch (OOOh) et du scat, une clarinette alerte aux accents klezmer, du fox-trot et du charleston. La contrebasse caracole et le trombone aussi.
Caravan Palace utilise tout un vocabulaire acoustique semé et prolongé d'effets électroniques, de samples, de programmations, utilisés avec un idéal à-propos. Des musiciens sous influences ? Sans aucun doute. Des influences assumées et englouties avec gourmandise. Mais ils sont aussi de vrais compositeurs.
Si, sur scène, ils reprennent Minnie the Moocher, de Cab Calloway, tous les titres de l'album sont des compositions originales. Avec un art consommé du "relooking", cette tonique ode au swing mélangeant les époques peut se danser, inciter à s'agiter comme des pois sauteurs. Elle pourrait aussi s'adapter à l'illustration de cartoons, de films muets aux images énervées. C'est d'ailleurs une commande de bande sonore pour des films pornos muets du début du XXe siècle qui a enclenché cette belle aventure. Un projet vécu en trio dans les bars, jusqu'à ce que Payen, Vial et Charles "Carlos" Delaporte (contrebasse) recrutent via MySpace, outre la chanteuse Coloris Zoé, Antoine Toustou (machines et trombone) et Camille "Chapi" Chapellière (clarinette). Des musiciens épris de sons d'antan donc, mais en phase avec l'air du temps.
Caravan Palace, de Caravan Palace, 1 CD Café de la danse - Wagram.
Source : lemonde.fr, article de Patrick Labesse